Les premières notes de Police.
Après les fêtes, qui nous avaient explosés, Paul et moi, J’ai décidé de passer une audition. Comme ça...je ne savais toujours pas si j’allais rester ou pas…En fait, je me laissais vivre…
Je jouais souvent avec Stewart et Ian, et je les aimais bien. J’allais souvent les voir. On sortait ensemble voir des groupes. Stewart parlait du groupe qu’il voulait monter. On voyait Miles qui montait des concerts… Je me rappelle avoir vu avec Stewart et Paul, le nouveau groupe ‘Squeeze’ qu’il venait de signer avec ‘Generation X’ en première partie dans un collège. Le public était assis derrière des pupitres d’étudiants.
Et puis, peut être pour me prouver quelque chose, j’ai décidé de répondre à une annonce.
Je feuilletais le Melody Maker et je tombe sur: ‘London, punk group is looking for a guitarist’, ‘London, groupe punk cherche guitariste’. Pourquoi pas? J’appelle. On me dit de passer à une adresse, au nord de londres. J’y vais avec Paul qui me dépose. Je rencontre 2 mecs, un chanteur Riff Reegan et un batteur, John Moss, qui plus tard monterait Culture Club avec Boy George. Très cools...ils ont une guitare...ils me la passent. Je joue un rock, 12 mesures et l’autre chante. Super.
-‘Tu veux jouer avec nous ?’ Direct.
Je dis au chanteur que je vais y penser, que je rappellerai... Je repars hyper content. Ils m’avaient accepté. Ma première audition. J’avais quand même eu assez peur. Pas évident de se vendre.
Je rentre chez Paul et dans la soirée j’appelle Stewart. Je lui raconte l’audition. Il a l’air assez surpris que je sois allé faire ça. Il me dit :
-‘ Mais, tu vas rester à Londres, alors ?..’
-‘ Peut être bien...en tous cas, je leur ai dit que j’allais réfléchir...’
-‘Mais… alors tu es prêt a rester ?
-‘Ouais ‘, je lui réponds...’je ne sais pas...heu…mais je n’ai pas trop l’intention de repartir tout de suite, là…pourquoi ?
-‘ Ecoutes,’ il me dit,’ si tu restes à Londres, pourquoi ne veux tu pas rentrer dans mon groupe ? ‘
-‘Tu ne me l’as pas demandé,’ je lui réponds.
-‘Ok je croyais que tu l’avais compris...Et puis, le bassiste dont je t’ai parlé, va arriver de Newcastle ‘..
-’Ah bon ? Le Sting ou un nom comme ça.. ??
-‘Oui, lui !!…’
-‘Ok …’
-‘Qu’est ce que tu fais là ?’
-‘Pas grand-chose, je viens de rentrer chez Paul..’
-‘Tu passes ? Comme ça, on discute un peu..
Je planais... je l’écoutais... Il continue...
-‘Et puis, j’ai une nouvelle chanson...’
-‘Ok, je viens…’
Et voilà, Stewart semblait avoir eu peur que je rejoigne un autre groupe. J’étais surpris. J’étais content .Je ne sais pas. C’était simple et ça m’allait. Je ne me posais toujours pas de questions, tout prenait place. Tranquillement. Toute ma vie, je ne me suis jamais trop posé des questions. Je marche beaucoup à l’instinct. Ou j’ai eu beaucoup de chance ou c’est la bonne façon de faire les choses. En ce qui me concerne, jusqu’à présent, je pense avoir eu raison de faire comme ça. On m’a souvent posé la question. Je ne regrette pas grand-chose non plus. Je dors bien et rêve beaucoup. Pas spécialement en dormant, d’ailleurs.
J’ai des idées assez folles aussi comme tout le monde mais ne fais pas de plans sur la comète.
J’étais à Londres depuis un mois environ. Je voulais faire ça. Je voulais être musicien. Je l’étais. Je voulais être guitariste dans un groupe. On m’avait fait 2 propositions en une journée et j’avais choisi. Tout allait bien. Lorsque le groupe que j’allais rejoindre serait devenu le plus grand groupe du monde, et que bien sur je n’en faisait plus partie, beaucoup de gens en France m’ont demandé si je n’étais pas dégoutté, jaloux, amer ou même aigri... Jamais, je n’ai éprouvé autre chose que de la joie pour mes amis, pour leur succès qui était d’ailleurs fort mérité. Peut être que si j’avais vécu la même chose en France, l’aurais je été. Mais, en Angleterre, nous travaillions tous dans le même sens...et si ‘un des groupes’ avait du succès, alors nous conservions tous une chance d’en avoir aussi. Je n’ai jamais fait de la musique en me disant que je voulais être numéro un. Aucun groupe avec lequel j’ai joué en Angleterre, ne l’a fait pour ça. Bien sur on veut que notre musique soit entendue, on veut que ça marche, on veut jouer devant de plus en plus de monde. On est tous à travailler dans le même sens, tout le monde a sa chance et tout le monde le sait. Nous savons aussi combien la compétition est grande et à quelle vitesse tourne la machine. En Angleterre, personne ne m’a jamais demandé si j’étais jaloux du succès de police. Mes amis sont fiers de savoir que j’ai monté avec 2 amis le groupe qui deviendrait le plus grand groupe pop du monde.
Le bassiste dont il m’avait parlé devait passer le voir.
Il venait de newcastle. Il l’avait vu dans un groupe de jazz rock .Un journaliste l’avait emmené après un concert de Curved Air voir la gloire de Newcastle, Last Exit. Le groupe ne lui avait pas plu mais le bassiste, oui. Il avait le truc. Le type chantait et jouait de la basse. Et c’était parfait car Stewart voulait monter un trio. Jimi Hendrix étant son modèle. C’est vrai que n’être que 3 a beaucoup d’avantage. D’abord, ça ne coûte pas cher .C’est facile à bouger et on peut jouer partout avec peu de matos. L’idée était d’abord de pouvoir tenir et de gagner quelque chose …c’est vrai qu’à 3 ce serait plus facile. Lorsque je vois des groupes qui se montent à 6..7 et plus, je flippe pour eux. Ce sera dur…ils ne gagneront pas beaucoup d’argent, ils ne tiendront pas le coup et abandonneront vite..à moins que le succés frappe à la porte rapidement. Lorsque après police et les electric chairs, j’ai monté les Flying Padovani’s, on était 3. Et c’est vrai qu’on a eu nos moments de gloire, on a bien tenu, et on faisait plutôt pas mal de bruit à trois.
-‘ Il est à Londres…’
-‘ Ca y est ? Il est arrivé?’
-‘Il a sonné l’autre jour à la porte et on s’est vu…on a joué...’
-‘Et alors ?’
-‘ Ah, il joue plutôt bien !’ Stewart a sourit en disant ça... Il avait l’air content…comme pour te dire …tu verras, c’est une bête… et il rajoute..
-‘ Beau gosse… blond… tu verras… Bon, il est provincial… tu sais, il jouait du jazz rock avant... et tu connais ces mecs là... Il n’est pas trop branché ‘look’, mais on va arranger ça !’
Stewart avait préparé un coup...
-‘ Il doit arriver vers 3 heures…On va la jouer cool...on va l’attendre!’
Stewart est parti se changer et quand il est redescendu, il avait son blouson de Policier américain et des lunettes noires.
-‘ Qu’est ce tu en penses’...
-‘ Plutôt bien...’
J’avais compris qu’il fallait qu’on lui fasse un peu de cinéma. On s’est préparés. Moi aussi j’avais mes lunettes noires, et quand Sting est arrivé avec son bébé dans un couffin, on avait adopté la pose dangereuse des rockers. J’avais des pantalons de cuir noirs, qu’en fait je ne quittais plus depuis que j’étais à Londres…et je restais silencieux. Sting avait une salopette. Il a du nous vraiment prendre pour des cons.
Mais, peu après, nous avions des instruments et on jouait les chansons de Stewart.Ca s’est bien passé et Sting a rejoint le groupe. On était le 12 janvier 1977.
Du coup, le groupe existait bel et bien. Stewart et moi sortions tous le temps. Il était clair que Sting avait d’autres soucis que nous. Il était marié à une actrice, Frances Tomelty, et tous les 2 étaient venus tenter la grande aventure à Londres. Ils venaient d’avoir un bébé, Joe, et n’avaient pas un sou. Ils habitaient chez une copine de Frances à Bayswater. Le flat était bien mais il campaient… avec le bébé... pas simple. Tout le temps où j’ai côtoyé Sting à Londres, il flippait sur le blé.
C’était son angoisse principale.
Il ne sortait pas non plus. Il n’avait ni les sous, ni le temps et franchement les concerts où Stewart et moi voulions l’emmener ne lui plaisaient pas. Il le disait clairement.
-‘ C’est de la merde!!!’
Il avait bien essayé de nous montrer quelques unes des chansons qu’il avait écrites mais Stewart l’arrêtait net à chaque fois.
-‘ Sting, on ne peut pas chanter une chanson qui a pour titre : ‘Ne laisse pas tomber ton boulot !!!’ Putain, tu ne comprends toujours pas… écris nous plutôt un truc du genre… ’Mon boulot est une merde et je vais tout casser... ‘!!! Un truc comme ça !! Là, ça peut le faire .Et il me jetait un oeil pour me prendre à témoin !
Sting nous regardait tous les deux et je sentais qu’il bouillait.
Là, en général, il reprenait la basse et le petit argument qu’il venait d’avoir avec Stewart le gonflait et il jouait trois fois plus vite que d’habitude... il venait vers moi qui m’escrimait sur ma guitare et me charriait, me donnait des coups d’épaule..Stewart adorait... Il savait qu’en rejetant Sting à chaque fois qu’il amenait une chanson, il le rendait en colère et Sting en ressortait plus fort à chaque fois. Derrière sa batterie énorme, la Tama, Stewart tappait de plus en plus vite en tirant la langue, et les morceaux n’en étaient que meilleurs. Nous finissions épuisés à chaque répétition, en sueur ...léssivés !
On avait bien réussi à amener Sting voir Generation X au Roxy et je crois qu’il avait halluciné. C’était 3 jours après notre première répétition. Ian était venu et miles nous avait tous mis sur la liste d’invités, non sans rechigner. Sting qui avait toujours chercher à progresser dans la musique et qui avait travailler dur pour améliorer son jeu de basse, lui qui avec son groupe avait cherché le succès en proposant des musiques de plus en plus sophistiquées, ne comprenait plus.
Tout ça pour en arriver là. Il se demandait même sûrement comment il pourrait l’expliquer aux amis qu’il avait laissés à Newcastle. Il avait honte et nous le savions. Mais, il voulait travailler et gagner sa vie. Et il n’était pas con. Loin de là. Et il avait compris qu’à Londres se tramait quelque chose qui le dépassait, lui et ses potes jazz rockeux de last exit. La salle était pleine et Miles jubilait.
Ca se passait à Londres et donc il était venu à Londres. Il est sorti avec nous, une fois. Cette fois là. La seule fois. Nous le laisserions donc tranquille.
Entre temps, j’avais explosé ma voiture .J’étais rendre visite à 2 copines françaises qui vivaient à Londres et qui habitaient au nord de Londres. Je roulais à gauche, bien évidemment puisque j’étais en Angleterre et arrivé devant leur adresse, je devais tourner sur la droite, donc traverser la route. Une voiture m’est arrivée droit dessus. Je n’ai pas réussi à réagir.
J’aurai du retourner sur ma gauche mais sentant le danger immédiat, mon instinct me disait de serrer sur la droite. Choc inévitable. Le conducteur qui m’avait agressé était un rabbin. Il avait bu, il avait tort mais c’était un rabbin. Quand les policiers sont arrivés, le punk que j’étais n’avait aucune chance. J’ai perdu la bagnole. C’était ma première vraie galère à Londres.
Mais, je restais Zen.
Ensuite un ami d’Aix en Provence, Fred, un musicien était venu passer un week end avec moi. J’avais pris des tickets pour aller au Ronnie Scott voir Dexter Gordon, le saxophoniste.
Nous y sommes allés et c’était géant. Moi aussi j’avais besoin d’entendre quelque chose de sensé. Nous avions pris une table devant la scène et nous avons bu force pintes de bière. Aprés le concert - nous avions la mini de Paul – je conduisais vers Caledonian road pour aller chez Paul mais arrivé avant Kings Cross sur Marylebone, j’ai pris la première à droite pour montrer la rue de putes à mon ami. Evidemment tout ça n’était pas brillant et j’étais certainement éméché… On s’est arrêté devant une fille pour la regarder et à ce moment là, on a frappé sur la vitre arrière... Je croyais que quelqu’un voulait déconner et j’ai démarré aussi sec. Une rue plus tard, 2 voitures de flics on bloqué la rue devant nous pendant qu’une troisième fermait nos arrières. Un flic m’a tiré de la bagnole et m’a appuyé sur le capot.
Un truc de fous...A cette époque, nous étions en janvier 77, on parlait beaucoup de l’IRA en Angleterre et il y avait des attentats un peu partout à Londres. Bien sur, je l’ai compris après. Les flics m’avaient repéré, peut être parce qu’ils étaient plus vigilants que d’habitude et tout simplement parce que la mini devait louvoyer... Je reconnais que Fred et moi avions beaucoup bu...On avait vu les 2 sets de Dexter Gordon. Lorsque j’ai traversé Marylebone pour prendre cette rue, les flics m’avaient suivi. Et ce sont eux qui avaient frappés sur la vitre arrière de la mini. Et lorsque j’ai redémarré, ils ont cru tout simplement que j’essayais de m’enfuir et ils ont demandé du renfort, celui là même qui nous a coincés 2 rues plus loin. Cette histoire là aurait pu mal tourner .Mais heureusement, ils n’ont pas mis longtemps à comprendre que nous n’étions bonnement que 2 français en goguette...ils m’ont emmené au poste. J’y ai passé la nuit. Paul est venu le matin et je suis passé directement en procès. J’avais le choix entre de la prison ou passer chaque jour signer un registre. Nous avions des répètes prévues avec Police. C’était pas compliqué. Pendant un mois, tous les jours j’allais à Clerkenwell police station signer un registre de présence.
C’était peu être un autre signe mais alors que Police répétait et se préparait à enregistrer son premier titre ,moi je passais tous le jours vers 8 heures du soir rendre visite à de vrais policiers. Je leur avais dit ce que je faisais et ça les faisait beaucoup rire.
Et ils étaient finalement cool car j’ai aussi signé le registre, avec leur permission, un peu plus tard le jour où, avec Police, nous avons enregistré ‘Fall out’ et ‘Nothing achieving.’
Un dimanche , le 23 , alors que n’avions répété que depuis 10 jours Stewart nous avait invité dans son flat pour prendre des photos sur le toit avec un pote à lui , Lawrence Impey , un jeune mec. Ce jour là il faisait beau et moi j’avais une rage de dents pas possible. Evidemment, Paul et moi, la veille nous étions bourrés la gueule ...mais fallait le faire.
Nous nous étions habillés pour l’occasion. Moi je tirais une tronche pas possible. Stewart a essayé pas mal de poses avec sa guitare, un fusil, toute sorte de choses, une casquette de Police etc etc Sting avait mis sa veste grise à rayures en flanelle. Moi, j’avais mal aux dents !!
On a continué à répéter et 3 semaines plus tard on était prêts à enregistrer. De toutes évidences, les meilleurs morceaux, enfin, ceux qui semblaient les mieux adaptés au marché punk, qu’on allait essayer de pénétrer étaient : Fall Out et Nothing Achieving. Paul Mulligan nous avait passé un peu d’argent et on avait booké le 8 pistes chez Bazzaa, à Pathway Recording Studios. Un tout petit truc avec un bonne salle de prise, enfin assez grande pour y mettre la batterie. Bazzaa avait les cheveux longs et frisés et avait l’air d’un hippie.
Le 12 fevrier on a fait notre premier single. Stewart a tenu à jouer pas mal de partie de guitare rythmique sur sa SG et moi j’ai fait les solos sur la Jacobbacci .J’en étais assez content et on entent Sting lâcher un retentissant ‘Henryyyyyy ! ‘ juste avant celui de Fall Out sur le disque.
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Je commençais à me débrouiller pas mal en anglais. Je me rendais compte que même si j’avais été un bon élève en anglais au lycée, le jour où je suis arrivé je n’en savais pas suffisamment pour me débrouiller correctement. Seule la pratique au quotidien m’avait permis d’apprendre à parler correctement. N’empêche que les conneries que je pouvais sortir, les faux amis comme on dit, auront beaucoup fait rire Stewart et Sting pendant les répétitions. |